Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste
Quatre millions de Skyblogs, ces blogs « très grand public », en grande majorité publiés et squattés par les ados et les djeunz. Il y a plusieurs blogosphères (un de mes vieux leitmotiv), au moins deux, et celles-ci ne communiquent pas. Deux mondes à part, l’un est celui des intellectuels de tout poil ou auto-considérés comme tels, qui ont trouvé dans le blog un moyen de faire passer leurs « messages », de transmettre leur vision du monde et, pour les plus ambitieux, leurs propositions pour le transformer. L’autre est celui de ces « jeunes », des skyblogs et des autres plateformes où les weblogs sont le moyen de se dire, de se présenter et de présenter ses amis, d’exprimer des goûts musicaux ou filmographiques, des états d’âme, des expériences de vie toute simple, des désirs désordonnés... avec le but de créer des communautés autour des « comm’s », évidemment. Eminemment narcissiques (comme tous les blogs, mais ici c’est encore plus fort), ces skyblogs disent les canons esthétiques, amoureux, culturels… –sociaux– tels qu’ils sont perçus par toute une strate de la société, une strate essentielle. Pour l’historien (et le sociologue déjà), ces skyblogs sont ou seront des mines d’histoire sociale. Bien davantage que les blogs « intellectuels » qui naviguent d’ailleurs dans un milieu très endogamique, une bulle un peu dorée.
Je comparerais la situation à celle des sources qui nous viennent du Moyen Âge.
De toute éternité, des hommes se sont emparés de l’histoire. Au fil des siècles et de l’emprise du scientisme, l’histoire s’est professionnalisée. Ils ont appris des techniques, acquis des savoirs qui leur permettent de mieux appréhender le passé que ne le firent nos ancêtres. A côté de ces professionnels de l’histoire, on a toujours compté avec des historiens « amateurs », passionnés qui se frottent au passé avec plus ou moins de bonheur : au XVIIIe, XIXe et dans la première moitié du XXe s., des érudits locaux ont fait avancer la connaissance de l’histoire d’une manière essentielle. Instituteurs, avocats, notaires, médecins… tous maîtrisant les langues passées avec un bonheur inégal, consacrant leur temps libre à lire les anciens et à s’immerger dans les flots d’archives grises pour y faire l’histoire de leurs ancêtres, de leur village, de leur église… Si on se défie de leurs travaux parfois, on en tire toujours un profit, même minime : ils ont vu les documents et ont été comme des défricheurs, dressant des tableaux généalogiques, jetant les bases d’une histoire des événements locaux. Ils ont nettoyé le terrain pour les professionnels. Les généalogistes de nos dernières décennies peuvent encore, pour certains du moins, jouer ce rôle, à condition qu’ils ne se contentent pas de dresser des tableaux secs et sans âme.
Mais une autre race d’ « amateurs » a vu les jours, depuis quelques années :
Plusieurs semaines de silence, certes, mais bien occupées. Les pages de ce blog ne sont pas restées sans visiteur d’ailleurs, et deux ou trois commentaires à mes dernières notes m’amènent à réagir, comme il se doit. Certes, je n’ai pas été de main morte dans cette note sur l’histoire et les amateurs. Coup de gueule face non pas aux sites eux-mêmes, mais plutôt à la publicité que l’on en a fait, sur France Culture, sur MediaTIC : ces derniers medias, pensais-je (naïvement ?), sont censés être tenus par des spécialistes qui ont le conseil soigné, fouillé. Il y a de bons spécialistes à France Culture, j’en suis certain, comme il y en a sur MediaTIC, je pense (j’espère). Mais sont-ce des spécialistes, ceux qui ont loué les qualités ineffables des deux sites que j’ai moi-même portraiturés? Comme je le disais, si je pense qu’il est bon que l’histoire plaise et soit rédigée par des amateurs, je considère comme inacceptable que l’on confonde les genres et que l’on encense comme « du vrai moyen âge » celui mis en scène par une volée de cabotins qui cherchent d’abord à s’amuser.
Soit. On me demande : « dites-nous quoi lire », avec un petit sourire au coin de la bouche, car vous savez hélas que je n’aurai pas le temps ou le courage de répondre à toutes ces demandes pour savoir « quoi lire ». Et pourtant, elles sont bien légitimes, ces demandes. Alors je vais faire mieux qu’y répondre ponctuellement. Je