Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste
Retour de Munich, où j'ai participé à un congrès. Munich, une ville déconcertante au premier abord, froide et carrée, tracée au cordeau: les rues y sont larges, les maisons tellement quelconques malgré leurs crépis colorés. La seconde guerre est passée par là, il y a toujours comme une gêne qui plane, même si c'est moins fort qu'à Berlin. Puis la ville se laisse apprivoiser, les malaises se dissipent, les brasseries deviennent plaisantes et les librairies attirantes (quant aux musées, ce sera pour une autre fois hélas)...
Avec quelques amis, nous avons visité les Monumenta Germaniae Historica: le temple de l'érudition germanique. Les MGH, c'est une institution pluriséculaire, née à l'époque de l'unification allemande et aux temps du pangermanisme, afin de soutenir le nationalisme par la mise en lumières des monuments littéraires à la gloire de l'empire allemand, depuis les débuts de l'écrit par les allemands eux-mêmes: toutes les chroniques, tous les textes hagiographiques, tous les textes diplomatiques y ont été rassemblés, édités, publiés, qu'ils émanent des allemands ou traitent de l'empire allemand au sens large. Sanctus amor patriae dat animum, dit leur devise. Le pangermanisme a disparu mais le travail s'est poursuivi, plus scientifique et plus érudit que jamais ; c'est à Munich que les chercheurs des Monumenta continuent à produire des éditions de textes anciens avec cette
Yvan Delporte est mort: c'est encore un peu de mon enfance qui s'envole, avec ce monsieur que je n'ai jamais rencontré sinon dans le mythe dessiné longuement construit autour de lui. Rédacteur en chef de Spirou, scénariste, touche-à-tout génial, j'avais l'impression de le connaître. Depuis mes premières lectures du journal de Spirou, dans les années ''70, il surgissait sans arrêt dans les beaux albums de M. Dupuis, faisant naître le rêve, si doux pour un enfant, d'un monde de la bande dessinée où auteurs et personnages vivaient les mêmes aventures.
Puisque Got, collègue, partenaire de travail et ami, décide de quitter la recherche pour s'enrichir outrageusement sous d'autres cieux (enfin, façon de parler, c'est toujours le ciel de Paname), j'ai décidé de lui rendre l'hommage qu'il convient en présentant au public ébaubi une version photographique de « Got au colloque ». Certes, les images ne sont pas terribles, je les ai honteusement dérobées à coup de téléphone portable, mais ça marche quand même pas mal ces petites choses-là. Encore des « blagues privées » maugréeront ceux qui considèrent que le blog est un sous-genre indigne des vrais chercheurs! En même temps, j'ai grand plaisir à montrer que les colloques de chercheurs en sciences de l'homme et de la société ne sont pas des assemblées sinistres de vieux birbes, qu'on peut et qu'on sait s'y amuser, tout en faisant des choses très sérieuses. Je ne pense pas qu'il y ait de mal à rester de grands enfants.
Un colloque, avant tout, ce sont des communications, des conférences au degré de complexité variable, parfois un peu effrayantes, parfois soporifiques, parfois stimulantes.
Dans cette communication-ci, il s'agissait de passer au crible statistique des chartes dans des cartulaires. Fascinant. Je n'ai malheureusement rien compris à cette dia-ci: j'en ai donc gardé une trace, afin de méditer dessus quand je sens mes chevilles qui enflent.

Wikipedia, encore. Il n'y a pas si longtemps, j'animais une petite séance de travail et d'enseignement autour de l'usage d'internet dans les travaux d'étudiants: Wikipedia revint sur le tapis, avec toujours ce mot d'ordre des enseignants: n'utilisez pas Wikipedia, c'est mauvais... et évidemment, élémentaire règle de critique historique, comme en corollaire, puisque ce mot d'ordre revient constamment dans la bouche des professeurs, d'où qu'ils soient, on en déduit que tous les étudiants l'utilisent. Personne parmi les lecteurs de ce billet, ayant jamais pioché dans l'Internet, ne peut soutenir qu'au hasard de Google, il ne soit jamais tombé sur des notices de Wikipedia, sciemment ou non. C'est le paradoxe de Wikipedia: tout le monde s'en défie et tout le monde l'utilise.
Même Pierre Assouline se répand en commentaires acerbes sur Wikipedia dans la revue de vulgarisation historique "L'Histoire"1 comme sur son blog: Wikipedia n'est pas fiable, Wikipedia c'est l'illusion du savoir constitué par tous, Wikipedia peut être manipulé et même quand une notice a été corrigée par un spécialiste compétent qui y a sué sang et eau, elle peut être dépiautée, massacrée par n'importe quel adolescent ânonnant qui se sent capable de refaire le monde. Ce n'est hélas pas totalement faux et vu comme cela, on ne peut donner tort aux enseignants qui interdisent
Une journée de colloque ne se termine pas au lever de séance: si le colloque est bien tenu et si les participants sont de qualité, il y a une troisième mi-temps, qui dure souvent aussi longtemps qu'à la buvette du football. Avec parfois des résultats similaires d'ailleurs.
C'est le moment de la « socialisation », le stress des communications retombé, l'assemblée se détend et des groupes se forment, plus ou moins grands: soit les membres se connaissent déjà, soit ils font connaissance, souvent les deux vont de pair. C'est le temps du repas « façon banquet d'Astérix » qui renforce la cohésion du groupe, comme diraient les sociologues. Ici, Got se retrouve, dans une brasserie munichoise, avec de bons amis, connus ou moins connus.
Ambiance chaleureuse, litres de dunkles Bier, Got se sent bien et il le montre.

Ah oui, il se sent bien, Got! Désinhibé (mais est-il jamais inhibé?), il se replonge dans l'évangélisation de la tablée: XML rules, l'ontologie vaincra!

Au coeur d'une nuit déjà bien avancée, on se décide à rentrer. C'est que demain, il y a encore une matinée de travail... La taille de l'addition montre que nous avons contribué au bien être économique de la brasserie munichoise.

Il n'y a pas que la taille de l'addition qui prouve que nous avons honoré la production houblonneuse bavaroise.

Le retour à l'hôtel est... comment dire... un peu flou?

Mais on aurait tort de croire que les
Une vidéo qui circule chez les médiévistes qui tripotent les manuscrits: ... de quoi se décoincer les zygomatiques...
(merci à H.C., papyrologue distinguée)
PS 2: j'ai retrouvé un lien (la première vidéo trouvée sur Youtube avait été retirée) et ça marche à nouveau. Je republie donc la note au jour d'aujourd'hui...