Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste
En pleine tempête de neige, découverte d'Autun, inattendue. Autun, ville heureusement sèche de touristes, toute petite, toute sereine, avec ses devantures d'un autre temps, ses façades assombries par la crasse des siècles. Autun, la prestigieuse ville d'Auguste, aujourd'hui un corps frêle et beau, flottant dans un manteau d'enceintes devenu trop large. De la salle capitulaire, perchée sur une des branches du transept de la cathédrale, au travers des vitraux, on contemple les prairies verdoyantes, presque à portée de main: rien n'a bougé depuis huit siècles -vingt siècles? Les chaînes d'hôtel ont été réléguées justement extra muros: on y loge bien mieux à l'hôtel du commerce, devant la gare: il n'y a pas de wifi, heureusement. Le musée d'Autun, le musée Rolin (du nom du célèbre chancelier bourguignon, l'enfant du pays), disperse de petits trésors en quelques salles désuètes, juste à côté de la vieille prison XIXe s. désaffectée, en rotonde.
A vingt kilomètres, Bibracte, la grande capitale celte, sur le Mont-Beuvray, abandonnée pour Autun peu après l'écrasement des Gaulois par César. Perdue sous la neige, Bibracte est comme un fantôme et un gigantesque musée lui rend un peu de chair et d'os. L'esprit de François Mitterrand semble se partager entre ici et Solutré.
Contradictions entre deux mondes: le vieux Bibracte décharné que l'on rhabille à coup de tissu muséographique ; le vieil Autun bien charpenté que le temps a lentement dénudé.