Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste
Alimentons le « buzz », comme on dit: à propos du coup d'éclat verbal du président lors de l'inauguration de la foire agricole. Non pour le stigmatiser, ce n'est pas mon rôle ici de distribuer des bons ou des mauvais points. Plutôt pour me pencher sur l'invective du citoyen le voyant s'approcher. « Touche-moi pas, tu vas me salir ». J'ai été impressionné par ce rappel d'une des qualités royales: la réputation de guérison des écrouelles au toucher. Ce qui explique, comme l'a montré Marc Bloch dans un ouvrage célèbre, « les rois thaumaturges », que les sujets du roi de France tentaient de toucher le manteau du roi à son passage.
L'interprétation du « touche-moi pas... » ne donnerait-elle pas au président un pouvoir inversé, n'en ferait-elle pas un anti-saint Louis...? mais ne montrerait-elle pas également qu'il est réputé avoir un pouvoir surnaturel malgré tout. En clair, lorsque le commun des mortels se plaint du comportement du président en le réputant ambigu par rapport à la fonction, ce commun montre tout simplement qu'il a une certaine idée de cette fonction, qu'elle reste charismatique, avec des attributs royaux ou impériaux sacrés. On a guillotiné un homme, le 21 janvier 1793, mais on n'a pas coupé le col à la monarchie.