Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste
Au bout de trois semaines de retrouvailles multiples. Sur mes terres ancestrales, des lectures multiples, dont les souvenirs de course du commandant en second du croiseur allemand Gneisenau, Hans Pochhammer, au début de la première guerre mondiale1. J’y ai retrouvé des souvenirs des récits de l’Oncle Paul, parus dans Spirou durant les années soixante-dix et quatre-vingts : c’est probablement aussi par ces récits d’histoire assez anecdotiques que le virus de l’histoire s’est lentement inoculé en moi. Mais le plus terrible dans ce récit de batailles aussi courtes que dramatiques –des mois de croisière pour deux batailles de quelques heures, l’une gagnée, celle de Coronel, l’autre perdue, celle des Falklands-… le plus terrible, ce sont les chiffres. Lors de cette dernière bataille, les anglais coulèrent quatre croiseurs allemands, dont les effectifs se portaient en tout à 2 200 hommes. Du Scharnhorst, le croiseur amiral du comte Von Spee, aucun survivant ; du Gneisenau, 187 arrachés à la mer ; du Leipzig, 18 ; du Nürnberg, 10. Soit 2 000 hommes qui disparurent en quelques heures au large des Falklands. Et, étonnamment, ces pertes colossales – mais les saignées n’étaient-elles pas aussi terribles sur l’Yser, sur la Somme au même moment ? – ne semblent impressionner personne alors, pas plus les vainqueurs que les vaincus. Des chiffres hallucinants à notre époque, quand on sait que les Américains n’ont pas davantage perdu d’hommes en deux ans de guerre irakienne. La vie semble coûter plus cher, du moins pour les occidentaux, de nos jours.