Apologie pour l'histoire continue ou les carnets d'un médiéviste
Ce mercredi, j’ai donné cours, à la fac de X. Rien d’extraordinaire, un cours d’histoire des institutions médiévales pour des étudiants de « Master ». Rien d’extraordinaire, si ce n’est que ce fut un des seuls cours dispensés à cette fac de Lettres ce jour-là, et plus que probablement le seul de l’après-midi. La fac était assiégée, en grève, tous locaux barricadés, passages gardés par des étudiants plus que déterminés, menaçants. La décision de bloquer la fac fut prise par une assemblée générale d’étudiants, par un peu plus de cent personnes présentes et votant le siège, sur un total de plusieurs centaines d’étudiants qui suivent les cours de l’institution universitaire, en lettres. Vidant les amphis à coups de mégaphone et d’occupations intempestives, interpellant les professeurs, insultant les étudiants non grévistes.
Ce qui m’a étonné, c’est l’attitude de mes étudiants de Master, qui m’ont expliqué comment rejoindre la salle de cours par des voies détournées. Ils voulaient leur cours sur les donations post obitum et les testaments du bas Moyen Âge. Ils étaient là, cinq sur six (le sixième n’ayant pas compris, semble-t-il, que le cours aurait lieu). Tout s’est passé sans heurts et avec cette avidité de savoir qui caractérise les étudiants qui ont attrapé le virus de l’Histoire. Même un peu fiers d’avoir pu suivre ce cours, malgré tout.
Pourtant, le CPE, tel qu’il est présenté, ne m’enchante pas. Et le droit de grève reste essentiel en démocratie. Mais je ne pouvais décemment refuser à mes étudiants non grévistes ce qu’ils me demandaient. Et je dois bien avouer qu’elle ne me plaît guère, cette prise en otage de l’université et de tous ses étudiants par une poignée d’étudiants bien minoritaires, même si leur vision du monde n’est pas à négliger. La grève, en démocratie, est une affaire grave. Elle doit dire la démocratie. Si elle outrepasse ses droits, si la représentativité des grévistes n’est pas une évidence du tout, alors, elle n’est pas légitime, quelle qu’en soit la raison.
Voilà pourquoi j’ai été un jaune, mercredi passé.